http://iran.blog.lemonde.fr/2010/02/10/la-bataille-a-deja-commencepar-ambassade-interposee/ A la veille de l’anniversaire de la Révolution islamique, qui devrait voir s’affronter dans la rue iranienne partisans du régime et manifestants de l’opposition, le combat a déjà débuté devant les représentations diplomatiques occidentales et iraniennes. Hier, quelques dizaines de militants pro-gouvernementaux iraniens ont assailli les ambassades européennes à Téhéran pour protester contre l’attitude de l’Europe à l’égard de l’Iran. Présentés par l’agence semi-officielle iranienne Fars comme des “étudiants”, les manifestants ont scandé des slogans hostiles et lancé des pierres et des oeufs en direction des représentations diplomatiques d’Allemagne, de France, et d’Italie. Devant cette dernière, les opposants ont crié “Mort à l’Italie” et “Mort à Berlusconi”, mais ont été empêchés de pénétrer à l’intérieur, grâce à l’intervention de nombreuses forces de l’ordre présentes sur place. La semaine dernière, lors d’une visite en Israël, le président du Conseil italien Silvio Berlusconi a critiqué le régime iranien et déclaré qu’il interdirait de nouveaux investissements italiens dans les secteurs du pétrole et du gaz de ce pays, où la compagnie nationale Eni est très présente. Par la suite, les médias iraniens ont traité Berlusconi de “laquais d’Israël”. La France a adopté dernièrement des positions très critiques à l’égard de la République islamique, notamment après la décision du président Ahmadinejad de lancer la production d’uranium hautement enrichi. Les deux chancelleries européennes, qui soupçonnent l’Iran de vouloir se doter de l’arme atomique, se sont récemment prononcées en faveur de l’adoption de nouvelles sanctions fortes contre le Régime de Téhéran. Ayant moi-même largement couvert ce genre de manifestation, du temps où j’était correspondant en Iran, je puis vous affirmer que ces “étudiants”, comme l’affirment les organes de presse officiels iraniens, ne sont autres que des miliciens bassidjis rémunérés par la République islamique (ceux qui tappent et tirent sur les manifestants), et qui ont été dépêchés sur place en bus, afin d’apporter une réponse directe et rapide aux récentes prises de positions occidentales. Les véritables étudiants iraniens sont aujourd’hui plus occupés à manifester à l’intérieur des campus universiataires, à compter leurs camarades emprisonnés, et à s’occuper des préparatifs de la grande manifestation de demain. En réponse à ces événements, cinq jeunes iraniens de Paris, membres du Comité indépendant contre la répression des citoyens iraniens (whereismyvote.fr ), ont repeint hier en vert les plaques et murs de l’ambassade de la République islamique d’Iran à Paris. Curieusement, aucune force de police ne protégeait hier soir la représentation diplomatique iranienne. “Cette action est une réponse à la fête organisée en grande pompe au même moment par les membres de l’ambassade au Pavillon Dauphine de Paris “, se félicite Yashar Mohtashem, 30 ans, et membre du comité. Armés de préservatifs “double sensation” qu’ils ont remplis de peinture verte, couleur de la contestation iranienne, ainsi que de bombes graffiti, les opposants iraniens s’en sont donnés à coeur joie sur les murs iraniens. “Les préservatifs, sourit Yashar, c’est tout un symbole, car comme vous le savez, il n’y a aucun cas de Sida ou d’homosexualité en Iran”. Les slogans tagués sur les murs étaient les suivants: “Where is my vote?” (Où est mon vote?) : référence au vote des Iraniens qui leur a été confisqué par le gouvernement Ahmadinejad. “A bas la dictature!“ “Khamenei assassin!” (l’Ayatollah Ali Khamenei, le Guide suprême iranien, la plus haute autorité religieuse du pays et véritable chef de l’Etat iranien) “Nous sommes indénombrables” (un des slogans du mouvement démocratique vert iranien, qui signifie que, contrairement à ce qu’affirme le régime islamique, ils sont extrêmement nombreux). Mais ce genre d’action n’est-elle pas en fin de compte dérisoire? “Tout ce que l’on fait, explique Yashar, sert à apporter un soutien moral aux Iraniens pour les manifestations de demain. En apercevant ces vidéos, les Iraniens d’Iran mais aussi la diaspora à l’étranger, sont encouragés, et comprennent que l’unité du mouvement est toujours vivante”. “A Paris, ajoute-t-il, on montre de quelle manière pacifique on peut combattre la République islamique dans le cadre de la désobéissance civile pacifique”. Cette “désobéissance civile” est devenue la règle en Iran. Des slogans anti-gouvernementaux et même anti-régime sont ainsi signés sur les billets de banque. Le cri “Allah Akbar” pourtant créé par Khomeiny contre le Shah est désormais scandé contre le régime, sur les toits, dès la nuit tombée. Lors des matchs de football, les supporters entament des chants de protestation… Le précédent “coup” du comité avait eu lieu le 31 janvier dernier, dans la commune de banlieue de Neauphle-le-Château(Yvelines), en face de l’ancien domicile de l’Imam Khomeiny, fondateur de la République islamique, et réfugié en France pendant quatre mois avant son retour triomphal à Téhéran. A l’occasion d’une cérémonie commémorative organisée par l’ambassade d’Iran à Paris, les membres du comité avaient lancé des slogans hostiles au gouvernement iranien, ce qui avait provoqué la fureur de l’ambassadeur d’Iran en personne, qui avait tenté de s’en prendre physiquement aux manifestants, avant d’en être empêché par les gendarmes présents sur place. Les photosde l’ambassadeur échangeant des coups de poing avec les forces de l’ordre avaient fait le tour du monde, notamment grâce aux blogs et aux réseaux sociaux Twitter et Facebook. Elles étaient même parvenues jusqu’en Iran. Si bien que le communiqué des “étudiants” iraniens qui se sont attaqués aux ambassades étrangères hier à Téhéran, publié par l’agence Fars, fait référence à la France qui a “accueilli sur son sol des araignées qui ont attaqué les valeurs fondamentales de la Révolution”. Voici la vidéo des “araignées” hier soir à Paris : Au réveil, les membres de l’ambassade étaient sûrement “verts”!
2010年2月11日 星期四
Le Monde Blog : La bataille a déjà commencé…par ambassade interposée
2009年12月29日 星期二
Nouvelle vague d'arrestations d'opposants en Iran
LE MONDE | 29.12.09 | 12h22
http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2009/12/29/iran-le-pouvoir-traque-sans-pitie-l-opposition_1285684_3218.html#ens_id=1190750
En Iran, la répression ne désarme pas. Au lendemain de la fête religieuse de l'Achoura, dimanche 27décembre, au cours de laquelle les forces de l'ordre ont tiré sur des manifestants hostiles au pouvoir en place, faisant officiellement au moins huit morts (dont cinq à Téhéran), une nouvelle vague d'arrestations s'est abattue lundi sur les rangs de l'opposition.
Parmi les personnes arrêtées figurent des proches de l'ancien président réformateur Mohammad Khatami, dont Hassan Rassouli et Morteza Haji et trois principaux conseillers de Mir Hossein Moussavi, candidat malheureux à la présidentielle contestée de juin, remportée par Mahmoud Ahmadinejad, devenu la figure de proue de la contestation. Il s'agit de Ghorban Behzadian, Mohammad Bagherian et d'Ali Reza Behechti Shrirazi, directeur du site officiel de M.Moussavi, Kaleme.org.
Cette nouvelle "rafle" n'a pas épargné la presse. Mahmoud Shamsolvezine, le président de l'Association des journalistes, a été arrêté ainsi qu'Emadeddin Baghi, figure emblématique en Iran, lauréat du prix des droits de l'homme de la République française, ainsi que Noushine Ebadi, la sœur du Prix Nobel de la paix, Shirin Ebadi, qui, elle, n'est pas rentrée en Iran depuis plus de six mois.
KAROUBI ATTAQUÉ
L'un des principaux leaders du mouvement de contestation, le religieux Mehdi Karoubi, qui avait dénoncé le premier les tortures et les viols en prison, a même été attaqué lundi alors qu'il quittait en voiture une cérémonie de deuil dans une mosquée à l'est de Téhéran. Selon ses proches, sa voiture a été malmenée et le pare-brise cassé. La foule a mis en fuite les assaillants. La police, dans le même temps, a fait une perquisition au siège du magazine féminin Irandokht, dirigé par Mme Karoubi.
Enfin, le corps du neveu de Mir Hossein Moussavi, Ali, tué par balles dimanche, a été enlevé de la morgue où il se trouvait et la famille pense que les autorités tentent ainsi d'empêcher qu'à l'occasion des funérailles, ayant lieu normalement dans les vingt-quatre heures, il y ait d'autres débordements.
LOURD BILAN
Dans ce climat de tension extrême, qui s'est aussi accompagné d'une "mise au pas" de plusieurs sites Internet, beaucoup craignent à présent que la répression n'ait plus de freins. "Un pas a été franchi lorsque le gouvernement n'a même pas respecté le deuil du Moharram et de l'Achoura qui interdit tout acte guerrier et toute confrontation. J'ai peur qu'il n'y ait plus de freins à la répression", explique par téléphone un professeur de droit à Téhéran. C'est aussi l'avis de l'analyste iranien Ahmad Salamatian pour qui une "militarisation de la répression n'est pas à exclure" et qui estime que "le Guide suprême, Ali Khamenei, jusque-là partagé sur la réaction à adopter, s'est fait prendre la main par la faction la plus dure au sein des fondamentalistes au pouvoir".
Quant au président de la Ligue des droits de l'homme iranienne, Karim Lahidji, il déclare: "La contestation est arrivée à un tournant. On peut craindre en retour une répression accrue, un véritable bain de sang."
Six mois après l'élection présidentielle contestée du 12 juin, le bilan est lourd : une quarantaine de morts officiellement (l'opposition parle d'une centaine); plus de 4 000 arrestations auxquelles s'ajouteraient un millier d'autres depuis dimanche dans tout le pays; cinq condamnations à mort; des peines allant jusqu'à quinze ans de détention pour les opposants.
La situation des droits de l'homme est "la pire qu'ait connue le pays depuis vingt ans", selon un rapport d'Amnesty International qui dénonce "la torture, les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires" et note que "les investigations annoncées par les autorités iraniennes semblent avoir pour objectif de dissimuler les atteintes aux droits humains plutôt que de faire éclater la vérité".
Pour Karim Lahidji, le plus préoccupant, outre la violence, est le côté "systématique" de la répression. "Lorsque quelqu'un est arrêté, il est souvent soumis à de mauvais traitements ou forcé de faire des “aveux” pour justifier une condamnation à venir, mais c'est aussi tout son entourage qui est visé. Cela ne s'était jamais produit, explique-t-il. Par exemple, on exige des cautions exorbitantes, c'est la famille entière parfois qui hypothèque tous ses biens pour faire sortir celui de ses membres qui a été arrêté. Ce fut le cas de jeunes blogueurs qui sont ensuite partis pour l'étranger. A présent, leurs parents sont otages: le gouvernement leur dit ou vos fils reviennent ou votre appartement hypothéqué est à nous et vous serez à la rue."
ARBITRAIRE EN DÉTENTION
Dans d'autres cas, explique-t-il encore, les proches de la personne arrêtée perdent leur travail. Et de donner l'exemple de la journaliste Nargues Mohammadi, porte-parole du centre pour les droits de l'homme animé par le Prix Nobel de la paix Shirin Ebadi. "Le mari de Nargis, Taghi Rahmani, qui appartient à un mouvement progressiste a passé dix ans en prison. A sa sortie, il était bien sûr au chômage. Sa femme, qui travaillait dans un centre social, a été convoquée il y a trois semaines, on lui a signifié qu'elle était licenciée. Ils sont sans ressources avec des petites filles jumelles de 4 ans à élever."
En prison, l'arbitraire est de mise. D'après les confidences de la femme du journaliste économique Said Leylaz, condamné à neuf ans de prison, en six mois, elle n'a vu son mari, en prison, que deux fois. Lui n'a jamais su quand se tiendrait son procès. Un jour, on l'a prévenu qu'il avait dix minutes pour préparer sa défense. Son avocat n'était pas convoqué, on l'a juste informé de la sentence.
Quant à Behzad Nabavi, un ex-ministre de 72 ans, condamné à six ans de prison, il a dû être opéré, sa santé était mauvaise. Pour pouvoir se reposer chez lui une semaine, il a versé une caution de 650000 euros. Mais, comme il avait raconté ses conditions de détention à des amis, on l'a remis en prison, malgré la caution.
Certains sont en prison depuis six mois, sans que l'on sache s'ils auront un procès. C'est le cas de l'ex-vice-ministre de l'intérieur Mostafa Tajzadeh, de l'ex-porte-parole de la présidence réformatrice de M.Khatami, Abdullah Raminzanzadeh, ou encore d'Ahza Mansouri, membre du bureau politique du parti réformateur.
La répression vise aussi en particulier les minorités: un jeune Kurde a été pendu le mois dernier à Sanandaj, alors qu'en première instance il n'avait été condamné qu'à dix ans de prison. Le régime multiplie aussi les exécutions publiques de criminels de droit commun – ou présentées comme telles –, juste pour intimider toute tentative de contestation. En 2008, 380 exécutions ont eu lieu en Iran. Ironiquement, un des rares journaux à avoir ouvertement critiqué cette politique, Hayat-e-Now ("nouvelle vie"), est dirigé par un frère cadet du Guide suprême, Ali Khamenei. Le journal a été suspendu.
Marie-Claude Decamps
La communauté internationale condamne une répression "inacceptable"
LEMONDE.FR avec AFP et Reuters | 28.12.09 | 18h43 • Mis à jour le 28.12.09 | 21h53
http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2009/12/28/la-communaute-internationale-condamne-une-repression-inacceptable_1285579_3218.html#ens_id=1190750
Dénonçant la violence "brutale" et "inacceptable" des autorités iraniennes, la communauté internationale a vivement réagi à la répression des manifestations qui ont fait au moins huit morts dimanche 27 décembre à Téhéran.
S'exprimant depuis Hawaï, où il se trouve en vacances, le président américain, Barack Obama, a dénoncé lundi une "répression violente et injuste" de citoyens "innocents", soulignant que les Etats-Unis se tenaient au côté des manifestants iraniens dont la soif de justice s'est heurtée à une "brutalité de fer". Le chef de la Maison blanche a exhorté la République islamique à libérer "immédiatement" les personnes "injustement emprisonnées".
Le ministre britannique des affaires étrangères, David Miliband, a qualifié de "particulièrement troublant" le "manque de retenue" des forces de l'ordre. Il a salué le "grand courage" des manifestants, insistant sur le fait que "la mort tragique de manifestants en Iran nous rappelle à nouveau comment le régime iranien gère les manifestations".
En Allemagne, la chancelière Angela Merkel a tenu à assurer les proches des victimes de sa "compassion". "Je condamne les récents affrontements violents en Iran, au cours desquels l'intervention inacceptable des forces de sécurité a coûté la vie à plusieurs personnes", a ajouté dans un communiqué.
Lors d'un point-presse, le porte-parole du ministère des affaires étrangères français a renouvelé "sa grande anxiété et sa condamnation des arrestations arbitraires et des violences commises contre de simples manifestants". "L'aggravation de la répression ne mène nulle part", a-t-il souligné.
Même la Russie, proche de Téhéran, s'est dite "inquiète" de la flambée des violences. "A notre avis, dans cette situation, il est essentiel de faire preuve de retenue, de chercher des compromis sur la base de la loi, de faire des efforts politiques pour éviter une poursuite de l'escalade dans la confrontation intérieure", a indiqué le ministère des affaires étrangères dans un communiqué.
"En Iran, le rapport de force n'est pas le même qu'en 1979"
LEMONDE.FR | 28.12.09 | 16h46 • Mis à jour le 28.12.09 | 16h55
http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2009/12/28/en-iran-le-rapport-de-force-n-est-pas-le-meme-qu-en-1979_1285363_3218.html#ens_id=1190750
Pour Bernard Hourcade, directeur de recherche au CNRS et spécialiste de l'Iran, "la pression de la rue n'a pas trouvé une expression politique suffisamment solide pour renverser le gouvernement".
De violents affrontements ont opposé dimanche les forces de l'ordre et les manifestants hostiles au président Ahmadinejad. La contestation est-elle à un tournant ?
Je ne le pense pas. L'intensité des violences était à la hauteur de l'ampleur des manifestations. La célébration de l'Achoura est l'une des dates les plus importantes du calendrier chiite. Chaque année, des millions de personnes défilent à travers le pays pour commémorer le martyre de l'imam Hussein. Ces grandes processions religieuses rassemblent toutes les composantes de la société iranienne. Il était logique que les opposants en profitent pour s'exprimer. Mais je ne crois pas que cette radicalisation marque un réel tournant pour le régime iranien.
Vous étiez en Iran pendant la révolution de 1979. Observez-vous des similitudes entres les événements qui secouent le pays depuis six mois et les manifestations qui ont abouti au renversement du chah ?
En 1979, les grandes processions de Tassoua et de l'Achoura [journées de deuil religieux qui commémorent le décès de l'imam Hussein] étaient organisées par le mouvement de contestation. Malgré la loi martiale, le chah avait été obligé d'autoriser les manifestations. Elles rassemblaient à l'époque l'ensemble des opposants, qu'il s'agisse de la gauche ou des religieux. Le clergé soutenait massivement les contestataires. Le rapport de force n'est pas le même aujourd'hui. Une partie importante de la population défend toujours Ahmadinejad. Les processions de ces derniers jours étaient organisées par le gouvernement. Il s'agissait d'abord de manifestations populaires auxquelles se sont mêlés les opposants. On ne peut comparer les événements de 1979 avec le mouvement de contestation actuel.
Mais le mouvement semble prêt à poursuivre la mobilisation (Lire : Pouvoir et opposition se radicalisent en Iran).
C'est vrai que l'opposition ne faiblit pas, malgré la répression. Mais les contestataires ne sont pas unis politiquement. Entre ceux, peu nombreux, qui souhaitent renverser le régime et ceux qui veulent seulement le changer, il n'y a pas de consensus sur un leader, comme en 1979. Il ne faut pas oublier que Mir Hossein Moussavi et Mehdi Karoubi sont des personalités fondatrices du régime. L'un a été premier ministre pendant la guerre Iran-Irak, l'autre un compagnon de route de l'ayatollah Khomeini. S'ils ont endossé les habits de la révolte, c'est un peu malgré eux. Ils assument une responsabilité qu'ils jugent historique, mais restent des opposants par défaut. Pour les plus radicaux qui veulent en finir avec la République islamique, Moussavi et Karoubi ne sont pas capables de porter le mouvement.
Face à cette contestation, le pouvoir fait-il bloc ?
Non, on observe des dissensions de plus en plus fortes à l'intérieur même de l'appareil d'Etat. Les partisans de la répression, proches du président Mahmoud Ahmadinejad, prêchent pour le maintien de l'ordre avant tout, sans compromis avec les manifestants. C'est un peu la méthode chinoise : verrouiller l'intérieur, mais s'ouvrir à l'international en répondant à la main tendue d'Obama. Mais d'autres, comme Ali Larijani, le président du Parlement, Mohsen Rezai, ancien commandant en chef des gardiens de la révolution, ou Mohamed Baker Khalibaf, le maire de Téhéran, sont favorables à une évolution du régime. Même parmi les plus radicaux, certains condamnent la répression et la mort d'autres musulmans.
Ces dissensions gagnent-elles les rangs des forces de l'ordre ?
C'est très difficile d'avoir des éléments précis sur ces questions. Il semble que certains membres des bassidjis, de l'armée et de la police se désolidarisent du pouvoir. Mais il est un peu tôt pour parler de dissidence ouverte. Si c'était le cas, le régime serait vraiment en mauvaise posture. Il ne faut pas oublier que ce sont des soldats de l'armée de l'air qui ont été les premiers à se révolter contre le chah en février 1979.
Aujourd'hui, le gouvernement iranien est très fort. Même si les résultats officiels sont éminemment contestables, Ahmadinejad a été élu et il est très probable qu'il ira jusqu'au bout de son mandat de quatre ans. Le pouvoir est prêt à tout pour maintenir le régime. Et, pour l'instant, la pression de la rue n'a pas trouvé une expression politique suffisamment solide pour renverser un gouvernement aussi fort et aussi répressif.
LeMonde.fr
2009年12月28日 星期一
Iran : le mouvement de contestation à un tournant ?
LEMONDE.FR | 28.12.09 | 11h17 • Mis à jour le 28.12.09 | 12h14
http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2009/12/28/iran-le-mouvement-de-contestation-a-un-tournant_1285342_3218.html#ens_id=1190750&xtor=RSS-3208
Un régime "hors de contrôle", "le début d'une nouvelle intifada"… Au lendemain des manifestations ayant dégénéré à Téhéran et fait plusieurs morts, la presse internationale mesure l'ampleur de la contestation des autorités en place et y voit un véritable tournant pour le régime iranien.
Pour l'universitaire Ali Ansari, auteur d'un éditorial dans le quotidien britannique The Independent , le moment est "crucial" : "Cette révolte populaire a des racines bien plus profondes qu'une élection frauduleuse", mais concerne désormais "les droits, la gouvernance et la dignité" du peuple iranien. "Alphabétisée à plus de 90 %, titulaire de 25 millions de comptes Internet et de 50 millions de comptes de téléphonie mobile", la population iranienne est "bien dirigée et coordonnée" pour faire face au gouvernement, souligne-t-il.
Une détermination confirmée par le Wall Street Journal, qui souligne également que les manifestants s'en sont pris pour la première fois au nom du Guide suprême iranien, l'ayatollah Khamenei. Pour le quotidien économique, l'ampleur de la mobilisation rappelle les événements de 1979, qui ont précipité la chute du chah, d'autant plus que, comme le note l'auteur, des sources rapportent que "des représentants de l'ordre refusent d'appliquer l'ordre de tirer sur la foule".
KHAMENEI, "UN NOUVEAU CHAH"
Pour le Guardian, la contestation du pouvoir est passée à un stade supérieur, notamment du fait que les autorités iraniennes ont choisi d'ouvrir le feu sur les manifestants en pleine période de fêtes religieuses. "Le régime compromet sa réputation de gardien des traditions religieuses iraniennes", estime le quotidien britannique. Là encore, le journal relève la détermination croissante des manifestants, qui en plus de répondre aux coups portés par la police et les bassidjis, n'hésitent plus à défiler à visage découvert, ce qui était beaucoup moins le cas lors des manifestations post-électorales de juin dernier.
Pour le site d'actualité dissident Tehran Bureau, l'Iran est en train de connaître les débuts d'une "intifada à l'iranienne", qui rappelle celle des Palestiniens contre Israël en 1987. En choisissant de réprimer des manifestations un jour de fête religieuse, Khamenei porte un coup à la morale du régime.
Ce n'est plus seulement le président Mahmoud Ahmadinejad qui est visé, souligne Steve Clemons pour le The Huffington Post, qui compare Khamenei à "un nouveau chah", qui aurait perdu le soutien des élites. Face à lui, avertit-il, "les Etats-Unis doivent rester très prudents" et ne pas chercher à mener une intervention qui discréditerait le mouvement de contestation.
Difficile pour autant de prévoir la chute du régime à la lumière de ces événements, rappelle le quotidien canadien The Globe and Mail : même si les Iraniens sont conscients des similitudes entre la situation actuelle et celle de 1979, "cela ne signifie pas que l'histoire se répétera, et il est impossible de juger l'ampleur du soutien populaire aux manifestants". En revanche, les violences du week-end annoncent une période trouble, très certainement marquée par "un effort pour écraser la protestation".
Audrey Fournier
Le Monde : Pouvoir et opposition se radicalisent en Iran
LE MONDE | 28.12.09 | 10h41 • Mis à jour le 28.12.09 | 10h47
http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2009/12/28/pouvoir-et-opposition-se-radicalisent-en-iran_1285365_3218.html#ens_id=1190750
Retransmises souvent par téléphone portable sur Internet, les images qui ont fait le tour du monde, dimanche 27 décembre, témoignent de la violence de la répression et de la détermination des manifestants qui, en Iran, ont transformé la traditionnelle commémoration religieuse du deuil chiite de l'Achoura en une journée d'affrontements d'une rare ampleur.
On y voit des dizaines de milliers de manifestants dans les rues de Téhéran et de la plupart des grandes villes iraniennes: Chiraz, Ispahan, Qasvin, Tabriz et même Qom, la ville sainte. Des vidéos montrent en direct des heurts sanglants entre la foule et les forces de l'ordre et les miliciens bassidjis, assistés parfois d'hélicoptères ; des motos et des voitures en feu. Toutes évoquent des morts. Les premiers depuis les grandes manifestations qui avaient suivi la réélection contestée du président Mahmoud Ahmadinejad le 12 juin, et qui s'étaient soldées par une soixantaine de victimes et 4000 arrestations, selon l'opposition.
Cette fois, la police admet cinq morts "accidentelles" et l'arrestation de 300 "hooligans". Les manifestants portent ce bilan à huit ou dix morts, certains par balles, dont trois au moins à Tabriz.
Parmi les victimes figure Ali Moussavi, le neveu de Mir Hossein Moussavi. L'ex-premier ministre, candidat malheureux des réformateurs à la présidentielle de juin, a dénoncé une "fraude massive" et lancé la contestation. Six mois après ce scrutin, en dépit d'une répression sévère, le mouvement perdure.
Ali Moussavi, rapportent des sites réformateurs, dont Jaras, citant entre autres le cinéaste Mohsen Makhmalbaf, proche de la famille, a été tué délibérément. Une voiture le suivait avec cinq hommes à bord, lorsqu'il est sorti de chez lui. L'un d'eux est descendu et a tiré sur M.Moussavi. Selon les mêmes sites, son corps aurait été transporté et gardé à la morgue, la famille priée de rester discrète.
Un assassinat ciblé, sorte d'avertissement au leader de la contestation ? L'information est difficile à confirmer, mais d'autres agressions "ciblées" auraient eu lieu dimanche. A Ispahan, le frère de l'ancien ministre de l'intérieur réformateur, Abdullah Nouri, aurait été frappé devant ses enfants par des miliciens qui l'avaient publiquement menacé auparavant.
De plus, en marge des "hooligans" interpellés, d'autres personnalités critiques du gouvernement ont été emmenées en prison. C'est le cas d'Ibrahim Yazdi, le vieux leader du Mouvement de libération de l'Iran (un parti nationaliste toléré par intermittence), arrêté chez lui à 3 heures du matin dans la nuit de dimanche à lundi, ou encore de Mehdi Arabshahi, le secrétaire de la plus importante organisation d'étudiants, Tahkim Vardat (Consolidation de l'unité), arrêté à Téhéran. De même que les trois plus proches collaborateurs de M. Moussavi.
Enfin, le couvre-feu a été instauré à Najafabad, la ville natale du grand ayatollah dissident Montazeri, figure de proue de la contestation religieuse, dont l'enterrement sous haute surveillance a suscité des manifestations contre le régime la semaine dernière.
Face à ce qui peut sembler une nouvelle aggravation de la répression, des voix se sont élevées pour prévenir une trop grande radicalisation du mouvement contestataire. Dans un appel très remarqué, lundi, Ezatollah Sahabi, le dirigeant d'un groupe de religieux nationalistes, lance un appel à la "modération" pour ne pas faire le jeu du régime : "Attention à ne pas vous précipiter vers la violence. Ils sont prêts, écrit-il en substance, à tuer un million de personnes s'il le faut."
Pourtant, de l'avis de tous les témoins que nous avons pu joindre par téléphone, ce qui ressort des affrontements de dimanche, c'est précisément la radicalisation des manifestants. Leurs slogans très durs visaient non plus M.Ahmadinejad, mais le Guide suprême Ali Khamenei ("Moharram, c'est le mois du sang versé, le guide Khamenei sera renversé").
Le guide était également comparé au calife honni Yazid, responsable de la mort de l'imam Hossein à la bataille de Kerbala, que commémore le deuil de l'Achoura. Une "première".
De plus, dans la rue, sans être vraiment armés, de nombreux manifestants ont érigé des barricades dans certaines avenues de Téhéran, jeté des pierres sur les forces de l'ordre ou encore incendié les motos des voltigeurs bassidji, fer de lance de la répression lors des émeutes dans les rues.
Posté sur l'avenue Azadi (Liberté), au centre de la capitale, Reza, un jeune diplômé iranien, nous a fait part de ses craintes au téléphone : "Il y avait un monde incroyable, je crois que les bassidji ont eu peur cette fois. Les rôles étaient inversés, ça les rendait fous de rage. Avec leurs matraques, ils ont tabassé des femmes et même des vieux. Nous étions révoltés de voir ça. Certains leur ont répondu de façon violente eux aussi, car normalement le jour de l'Achoura, c'est un jour de communion dans le deuil des chiites, un jour d'affliction et de paix sacrée. De voir qu'ils ne respectaient rien, beaucoup de gens qu'on ne voyait pas manifester jusque-là sont venus, outrés. Des gens modestes, mais religieux. Je crois que le mouvement est à présent vraiment populaire."
Et il ajoutait, inquiet : "Mais il faut résister: si on perd le calme et l'équilibre, c'est mauvais. Pour exister, nous devons parier sur la durée et la légalité." Les autorités en place ont, il est vrai, commis des erreurs, de l'avis des analystes iraniens. La première a sans doute été, nous a expliqué l'un d'eux au téléphone, "de n'avoir pas respecté le deuil lors de la mort de l'ayatollah Montazeri. Ses partisans ont été harcelés, ceux qui lui rendaient hommage empêchés parfois de le faire. En cela, le pouvoir a perdu sa “crédibilité” religieuse et populaire".
La seconde erreur, expliquait-il encore, a été, samedi, d'empêcher l'ancien président de la République réformateur, Mohammad Khatami, de prononcer un discours. "M. Khatami avait choisi de s'exprimer à Jamaran, au nord de Téhéran, là où avait vécu l'ayatollah Khomeyni. Un lieu hautement symbolique en ces temps troublés où gouvernement et opposition se disputent l'héritage du fondateur de la République islamique. Mais la police n'a rien respecté. Des gens venus écouter le discours ont été enfermés de force dans la mosquée, les autres priés de se disperser. Cette bataille symbolique aussi a été perdue pour le pouvoir. Certains manifestants criaient “Khomeyni, si tu vivais, tu serais avec nous!”…"
Faut-il s'attendre à un nouveau renforcement de la répression ? "Le cycle manifestation-répression est désormais enclenché. Le gouvernement devra jouer serré dans les prochaines semaines s'il ne veut pas contribuer à faire grandir la contestation, concluait l'analyste. Après le mois de deuil de Moharram vient celui de Safar. Entre-temps, il y a tous les quarante jours la célébration des deuils récents, dont celui de M. Montazeri. D'autres troubles en perspective…"
Marie-Claude Decamps
Au moins huit morts lors des manifestations en Iran
LEMONDE.FR avec AFP et Reuters | 27.12.09 | 11h19 • Mis à jour le 28.12.09 | 10h45
http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2009/12/27/plusieurs-morts-au-cours-des-manifestations-a-teheran_1285283_3218.html#ens_id=1190750
Au moins huit personnes ont été tuées, dimanche 27 décembre en Iran, lors des affrontements les plus violents depuis ceux qui ont suivi la réélection de Mahmoud Ahmadinejad au mois de juin.
Affrontements sanglants. Se référant à des informations du Conseil suprême de la sécurité nationale, la télévision officielle en langue anglaise Press TV, dans un bandeau, dresse lundi un bilan de huit morts. Le mouvement réformateur évoque aussi huit tués, quatre à Téhéran et quatre à Tabriz, dans le nord-ouest du pays. La télévision d'Etat iranienne, citant le ministère des renseignements, évoque pour sa part plus de quinze personnes tuées lors des émeutes de dimanche à Téhéran, citant le ministère des renseignements. Selon le dernier bilan de l'opposition, 300 personne auraient aussi été arrêtées et il y aurait des dizaines de blessés.
Selon certains témoignages, Ali Moussavi, neveu de Mir Hossein Moussavi, ancien candidat à la présidentielle face à l'actuel président, Mahmoud Ahmadinejad, figure parmi les victimes. L'ancien ministre des affaires étrangères Ibrahim Yazdi, chef du Mouvement de libération de l'Iran (MLI, opposition libérale), a été arrêté dans la nuit de dimanche à lundi à son domicile par les services de sécurité, a indiqué, lundi 28 décembre, le site Internet d'opposition Rahesabz.
Des manifestants déterminés. En tout, ce sont des dizaines de milliers de personnes qui ont envahi les rues iraniennes, profitant de l'affluence liée aux nombreuses cérémonies de l'Achoura, journée de deuil religieux commémorant le martyre de l'imam Hossein, figure centrale du chiisme. Les manifestations se sont déroulées dans la capitale Téhéran, mais aussi dans la ville sainte de Qom, à Ispahan, à Najafabad, à Arak ou à Tabriz.
Toujours selon les témoignages, des véhicules et motos de police ont été incendiés par les manifestants, qui scandaient "mort au dictateur" ; plusieurs policiers auraient également été blessés. Les médias d'opposition ont également indiqué que des policiers se seraient rangés du côté des opposants, refusant de leur tirer dessus.
Comme ce fut le cas dans les semaines qui ont suivi la réélection contestée de Mahmoud Ahmadinejad, les médias officiels ont accusé la "presse étrangère" d'être à l'origine de ces mouvements de colère contre le président réélu. L'agence de presse Fars précise que des groupes de "vandales" ont endommagé des bâtiments publics et privés et "manqué de respect" à la fête sainte de l'Achoura.
Sur un site Web d'opposition, Mehdi Karroubi, candidat réformateur à la présidentielle du mois de juin, a estimé que "le système au pouvoir a fait verser le sang du peuple le jour de l'Achoura, et a envoyé contre le peuple un groupe d'individus sauvages".
Condamnations internationales. Dans un communiqué, le ministère des affaires étrangères français a condamné "les arrestations arbitraires et les violences commises contre de simples manifestants". Le Quai d'Orsay appelle également à une "solution politique face à la persistance des mouvements populaires et à l'aggravation de la répression". La Maison Blanche a également "fermement condamné la répression violente et injuste de civils cherchant à exercer leurs droits universels en Iran". "Les forces de sécurité ont une nouvelle fois eu recours à l'intimidation et à la violence contre les citoyens de l'Iran" qui "méritent de pouvoir faire entendre leur voix", souligne quant à lui le chef de la diplomatie canadienne, Lawrence Cannon.
